28.02.2008
L’intercommunalité en embuscade
Par Olivier Sourd, un internaute
L’intercommunalité est la grande oubliée du débat des élections municipales des 9 et 16 mars. Ces structures – communautés urbaines, communautés d’agglomération et communautés de communes - concernent pourtant aujourd’hui 91,7% des communes et 86,7% des habitants … donc des électeurs! Elles exercent une part croissante des compétences anciennement dévolues aux municipalités, en particulier des grandes réalisations structurantes que tout un chacun attribue trop souvent à tord et sans le savoir à son maire.
Pourquoi une telle désaffection de la campagne municipale pour l’un des phénomènes qui aura certainement le plus marqué l’exercice du métier de maire ces trois dernières mandatures?
L’intercommunalité occultée pour des raisons politiciennes
Daniel van Eeuwen, Professeur de sciences politiques, a ainsi analysé l’exemple marseillais où la communauté urbaine, créée en 2001, ne fait pas parler d’elle dans le débat électoral malgré ses budgets et ses pouvoirs croissants. «C'est occulté pour des questions de politique politicienne : les élus utilisent les intercommunalités pour promettre des places, c'est une ressource de clientèle.»
De même pour Gérard Pelletier, Président des maires Ruraux de France et cité dans la Gazette des Communes de février 2008: «Aucun maire n’a intérêt à dire que telle grande réalisation n’est pas de son fait». Il en va ainsi des tramways, médiathèques, vélos en libre service qui ont fleuri comme par enchantement les quelques mois précédents cette échéance des élections municipales. A contrario, les projets impopulaires, déchetteries en tête, sont rendus à César et mis sur le compte de l’intercommunalité qui en a effectivement la charge.
Une gestion consensuelle droite-gauche au sein des agglos
Le fonctionnement politique de ces structures n’est pas non plus de nature à alimenter les querelles politiciennes: co-gérées pour l’essentiel par la gauche et la droite, sans groupes de majorité ou d’opposition, leurs présidents et vice-présidents sont souvent de bords politiques opposés et représentent surtout leur commune. Pas de quoi, donc, s’appuyer sur le bilan intercommunal pour défendre son camp … ou attaquer celui d’en face.
Quand l’intercommunalité s’invite dans le débat électoral …
Plus rares sont les campagnes municipales où la question intercommunale est au coeur des enjeux.
Quelle agglo pour Gardanne (13)?
La ville fait partie de la minorité de collectivités qui n’ont pas encore adhéré à une intercommunalité. La question a ici cristallisé la campagne municipale. Il y a les « non mais peut-être », comme le maire (PCF) Roger Meï qui milite pour l’autonomie communale mais n’exclut pas de rejoindre à terme Aubagne, gérée par le parti communiste. Et il y a les « Oui » … à la communauté du Pays d’Aix-en-Provence. Ce sont ses opposants socialistes ou UMP qui y voient un rempart plus sûr contre l’hégémonie marseillaise et un bassin d’emploi d’avenir tournant le dos au passé minier
A Amiens (80), Gilles de Robien mise sur l’intercommunalité
Réélu depuis 1995 dès le premier tour, Gilles de Robien met en avant le bilan de la communauté d’agglomération dans sa campagne de candidat : piscine-patinoire, stade, piétonisation, actuel chantier de la gare. S’il a confié à sa première adjointe le mandat de maire lors de ses exercices ministériels, il a en revanche toujours conservé la présidence de la communauté d’agglomération. Et il entend poursuivre cette ambition intercommunale avec la création du pays du Grand Amiénois, qui regroupera 300 à 400 communes, soit 350000 habitants.
A Franconville (95): les élections municipales en forme de référendum sur l’intercommunalité
Le maire sortant, Francis Delattre dénonce une communauté d’agglomération (Val et Forêt) trop excentrée par rapport au besoin de ses administrés. Il a transformé l’échéance municipale en une renégociation du projet intercommunal qui prenne en compte l’effectivité de la démographie de sa commune au sein de l’agglo. Son challenger socialiste a aussitôt pris le contre-pied en faisant du maintien sans condition de Franconville dans Val et Forêt un thème de sa campagne.
Les candidats aux élections municipales ne sauraient négliger l’enjeu intercommunal dans leur campagne. Avec la désignation au suffrage universel des délégués intercommunaux, très probable pour les prochaines élections municipales de 2012, la mandature qui s'ouvre fera de leur bilan au sein des conseils communautaires un véritable enjeu de pouvoir. Pour les 6 ans à venir, l'intercommunalité est donc plus que jamais en embuscade pour les 36 000 maires et 500 000 élus locaux en France.
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